En Octobre, la correction des marchés actions a été violente. Les raisons principales sont connues : la hausse des taux réels aux Etats-Unis qui pourrait peser sur la croissance, le Brexit, les craintes sur la croissance chinoise, un léger ralentissement de la dynamique économique,  la difficulté à mesurer l’impact d’une « guerre commerciale » et l’évolution des négociations entre Rome et Bruxelles concernant la question du budget italien. Pourquoi donc cette réaction?

Nous ne saurions mieux dire que le stratégiste d’Aurel dans sa note de Fin Octobre : « Fondamentalement, il n’y a pas d’éléments nouveaux; en février comme en octobre, la baisse des marchés était impossible à prévoir. Il est toujours facile d’affirmer ex-post que nous étions en présence d’une « accumulation de signaux ». La réalité, c’est que nous ne savons pas pourquoi la baisse coagule à tel ou tel instant. Pourquoi n’a-t-elle pas eu lieu plus tôt ou plus tard ? Il est toujours aisé de fournir des explications qui paraissent évidentes après le déroulement des événements. C’est confortable et rassurant pour notre cerveau qui n’est pas taillé pour gérer l’incertitude. Mais il serait sans doute plus juste de dire que la marche au hasard a déterminé le mouvement baissier et que nous n’évoluons pas dans un environnement où des outils solides sont à notre disposition pour expliquer avec certitude le pourquoi du comment. »

Ainsi,revenant aux fondamentaux :

– L’économie mondiale reste dans une phase marquée par une croissance légèrement supérieure à son potentiel et une inflation orientée progressivement à la hausse, tandis que les principales banques centrales poursuivent la normalisation de leur politique monétaire.

– L’incertitude politique en Europe est une donnée importante à court terme.

Elle est forte sur le scénario du Brexit car, si un accord commercial serait la solution la plus favorable d’un point de vue économique, les positions de chacune des parties sur le sujet semblent encore très éloignées. Les propositions britanniques ne semblent pas acceptables pour les Européens, notamment parce qu’elles reviendraient à nier la nature même du Marché Unique.

En Italie, les marchés sont certes préoccupés par l’essoufflement de la croissance, mais ils scrutent également avec une certaine nervosité l’évolution des négociations entre Rome et Bruxelles concernant la question du budget italien. En effet, le pays souhaite relever le déficit budgétaire à 2,4% du PIB, ce qui est contraire aux exigences de l’Union européenne (UE). Ces éléments ont ravivé les craintes quant à la soutenabilité de la dette publique italienne, En outre, Moody’s a abaissé d’un cran la notation de crédit du pays à « Baa3 ».

Malgré un écart de valorisation en faveur du marché européen, il est difficile dans ce contexte d’anticiper, à court terme, un rattrapage du marché action européen sur son homologue américain et une appréciation de la livre sterling et de l’euro face au dollar.

– Un « dollar fort » reste une source de pression sur les économies émergentes.

– Plus largement,

. Au Brésil, l’élection à la présidence du controversé Jair Bolsonaro a plutôt été accueillie favorablement par les marchés, Son programme prévoit une potion libérale de choc (privatisations massives, système de retraite par capitalisation…) à même de séduire les investisseurs financiers. Même le peso argentin s’est stabilisé face au dollar, bien qu’ayant perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l’année.

. En Asie, des politiques de soutien à l’activité se mettent en place face au ralentissement des échanges mondiaux.

. En Corée du Sud, le gouvernement a annoncé des aides financières aux petites entreprises et une baisse des taxes sur les carburants, la croissance du troisième trimestre ayant quelque peu déçu à 2,0 % sur un an.

. Le gouvernement chinois a promis de nouvelles mesures de soutien au secteur privé, visant notamment à améliorer l’accès au crédit. Dans ces deux pays, la situation favorable des finances publiques donne aux gouvernements les moyens de leurs ambitions.

– Notons enfin la rechute du Brent depuis début octobre, dans un contexte d’inquiétudes sur les perspectives de la demande mondiale. Il se situe désormais à 77 dollars, 15 de plus qu’il y a un an. L’allègement des contraintes pesant sur l’Iran en matière d’exportation de la production pétrolière devrait aussi contribuer à une détente du marché.

 

Dans ce contexte, pour les marchés, la confiance des entreprises américaines sera un indicateur clef, et les incertitudes devraient continuer d’alimenter la volatilité en cette fin d’année. Toutefois, tant que l’économie américaine reste solide, que les tensions inflationnistes sont limitées et que la banque centrale n’a pas l’obligation de freiner l’activité économique, un scenario de correction violente et durable de la bourse, nous parait peu probable.

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