L'économie tient, mais le politique inquiète

Les statistiques mondiales confirment le caractère contrasté de la croissance économique, la vigueur de la croissance américaine compensant des données moins robustes en provenance d’Europe, du Japon et de certains marchés émergents. Malgré un impact palpable sur certains indicateurs de confiance macroéconomiques, les retombées négatives potentielles du conflit commercial déclenché par les États-Unis ne sont pas (encore) visibles dans les statistiques économiques plus globales. En conséquence, l’économie mondiale pourrait continuer de croître à un rythme légèrement supérieur à son potentiel au cours du second semestre 2018

En Europe, les derniers indicateurs pointent vers une stabilisation voire un petit rebond de l’activité au deuxième semestre, alors que le net ralentissement du début d’année avait pu faire craindre un scénario plus défavorable.

En Allemagne, Le climat des affaires connaît un net regain, en particulier s’agissant des perspectives d’activité à 6 mois qui n’avaient cessé de reculer depuis fin 2017. A l’échelle de la zone euro, l’indice de confiance des ménages et celui de sentiment économique de la Commission européenne connaissent un très léger repli mais restent à des niveaux élevés.

L’inflation européenne atteint 2,0 % sur un an en août à l’échelle de la zone euro (2,3 % en France). Cette inflation reste très largement liée à l’envolée des prix de l’énergie, lesquels sont en hausse de 9,2 % sur an dans la zone euro dans la foulée du pétrole. L’indice sous-jacent des prix à la consommation ne progresse lui toujours que de 1,0 % en glissement annuel.

La montée en puissance dans l’échiquier politique italien de Salvini passe sûrement par un accord sur un déficit plus important mais sous contrôle (en dessous de 2,5%). Déjà, les taux d’intérêt sur le dix ans italien ont reflué. Les perspectives d’une prise du pouvoir de la Lega avec ses alliés modérés de droite après un échec de la coalition actuelle ne sont plus si lointaines et probablement plus acceptables par les marchés que l’alliance des contraires que l’Italie doit subir aujourd’hui.

Ainsi, en Europe, dans les semaines à venir plusieurs dossiers sont sensibles :

  • les négociations commerciales engagées avec les Etats-Unis, particulièrement sur le secteur automobile,
  • la situation en Italie,
  • la réelle volonté de la France de réduire ses déficits. La parole de la France ne sera crédible en Europe, et tout particulièrement en Allemagne, que si de vraies réformes sont menées.

A court terme, ce sont avant tout les économies émergentes qui vacillent. Plusieurs devises émergentes ont accentué leurs pertes face au dollar au cours de la semaine qui vient de s’écouler. Le peso argentin a désormais perdu la moité de sa valeur face au billet vert, alors que l’Argentine pourrait avoir besoin d’un déblocage anticipé de fonds du FMI, dont elle a pourtant déjà reçu 15 milliards de dollars.

Si le real brésilien connaît une dégringolade un peu moindre (-17 % depuis début 2018 tout de même) malgré l’avortement confirmé de la reprise (l’emploi dans l’industrie manufacturière a clairement rechuté), il le doit notamment au moindre déséquilibre de sa balance courante, dont le déficit reste inférieur à 1 % du PIB.

En Turquie, la livre est toujours plus de 40 % inférieure à son taux de change du début d’année. La contagion s’est même propagée récemment aux roupies indonésienne et indienne.

Le yuan fait exception dans ce tableau de devises émergentes chahutées, la PboC semblant être parvenu à stabiliser la devise autour de 6,8 pour un dollar.

De manière plus générale, les marchés actions des économies émergentes exprimés en dollars sous-performent désormais très nettement les marchés actions des économies développées depuis début 2018 (avec évidemment une incidence forte de la dépréciation de leurs devises).

Ainsi, comme nous l’évoquions dans nos précédentes chroniques, c’est bien le risque politique qui prédomine sur l’économique. Nous serions ainsi les acteurs actifs d’une situation qui viendrait à se dégrader.

 

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