La Grande Incertitude

Cette chronique est l’agrégation de notre expérience, de notre vécu sur les marchés, et une tentative de synthèse de la masse d’informations dont nous sommes le réceptacle. Force est de constater qu’à ce stade, les informations sont extrêmement contradictoires et la crise actuelle, en ce qu’elle avive les tensions, recèle et révèle de nombreux défis :

  • L’inflation :
    • elle va revenir du fait de la masse de liquidités déversées, c’est un vrai risque, non c’est une opportunité,
    • l’inflation n’est pas pour demain, non les pressions déflationnistes sont très fortes, le chômage élevé, le prix des matières premières en baisse et l’endettement des états interdit toute hausse des taux.
  • Bulle sur les actifs immobiliers : évidemment oui car les capitaux fuient vers la sécurité à n’importe quel prix ; évidemment non, la demande est forte et les taux sont bas et vont le rester.
  • Bulle sur les actifs financiers et plus largement sur tous les actifs de placement (art, voitures, vin, etc..) oui, non ?
  • La Croissance : elle sera en L, en V, en U, en WWW, en racine carrée et j’en passe.
  • Le monde de demain : plus du tout le même, le même en pire, le même en mieux.
  • Les dettes des états :
    • intenables, il faudra travailler plus, ponctionner l’épargne, augmenter la TVA, la CSG, la mutualiser (les cigales font payer les fourmis ?),
    • tenable : la basculer sur les banques centrales (et après, sur qui ?), transformer la dette en dette perpétuelle, etc..
  • Repli sur soi et reconquête de souveraineté nationale, ou au contraire plus de coopération multilatérale, mix de deux ?.

 

Bref, vous l’aurez compris, le champ des possibles donne le tournis. Une donnée toutefois : les marchés après une lourde chute semblent se stabiliser 10 à 20% au-dessus des plus bas, ce qui dénote, à ce stade, un certain optimisme des opérateurs.

On ne connait pas la durée réelle de la pandémie mais les confinements entraînent des dégâts économiques tels que ce n’est pas tenable. L’Inde est un exemple caricatural d’un état qui doit choisir entre 2 maux : confinement ou pandémie, les deux entraînant des dégâts mettant en péril la vie de millions de personnes. Ainsi, au mieux la pandémie décline fortement, au pire, nous apprenons à vivre avec. Dans les faits l’activité repart dès que possible partout où c’est possible.

Plus largement, essayons donc de discerner quelques points :

  1. Les économies sont tellement interdépendantes que le repli sur soi serait mortifère, car nous dépendons des capacités de production des pays à bas coût qui nous permettent certes de consommer moins cher mais par ce fait, ces pays connaissent une croissance et voient leur population sortir progressivement de la pauvreté, ce qui augmente leur capacité à consommer, leur recherche de qualité de vie et leur demande d’amélioration des standards sociaux et environnementaux. Nous en profitons en retour si nous nous positionnons sur le moyen haut de gamme, tourisme, etc..
  2. Quoi qu’il advienne, le monde continue de tourner et les êtres humains aspirent à améliorer leurs conditions, cela ne va pas cesser et c’est source d’optimisme et d’opportunités.
  3. La croissance reste donc nécessaire au vu de la pauvreté qui, ne l’oublions pas, reste le lot de la majeure partie de l’humanité. Elle doit sans doute changer de nature et être plus raisonnée, mais sortir par le haut nécessitera plus, et non pas moins, d’échanges et de technologie.
  4. Il en découle inévitablement que ce n’est pas moins, mais plus de coopération multilatérale qui s’avère nécessaire, au niveau Européen et au niveau Mondial. Cette coopération doit pouvoir s’appuyer des organismes forts, crédibles et soumis à des jeux d’influence qui à tout le moins s’équilibrent. A ce titre, le jeu de go chinois qui vise à la mainmise progressive sur de nombreuses structures mondiales clés, en profitant du retrait américain et de la légèreté européenne, est un sujet d’inquiétude. A cette aune, le président américain actuel sera jugé par l’histoire, même si son retrait était initié par son prédécesseur.
  5. Cette coopération se maintient au moins sur un point relevé par le FMI : L’ensemble des autorités financières et monétaires mondiales, appuyées par les politiques budgétaires nationales, visent à limiter les dégâts et à soutenir les entreprises durant cette période. Cela laisse espérer une reprise sur 3 à 6 mois (le FMI prévoir une contraction de 3% en 2020 et une croissance de 5,8% en 2021).
  6. Avant le coronavirus, de nombreux mouvements politiques et sociaux se sont manifestés pour faire bouger les lignes. Cela ne va pas cesser et si les rigidités (régimes politiques, systèmes, part de la population excessivement « greedy » ou gloutonne) ne sont pas tempérées, des secousses violentes semblent inévitables
  7. Une Europe politique et militaire du niveau de sa puissance économique est vitale pour nous même et pour le monde. Nous devons aux Etats-Unis la crise des subprimes (sans parler de la guerre truquée contre l’Irak au coût économique non négligeable) et à la Chine le Coronavirus. Les deux nous donnent en prime des leçons. Il y a là largement, pour l’Europe, de quoi réfléchir et il est temps de faire converger Europe rhénane et Europe latine. La France a ici une position entre-deux qui lui donne une vraie responsabilité. Celle-ci doit se re-décliner au niveau de nos instances et au niveau individuel…
  8. La France montre à quel point elle s’est dégradée depuis 30 ans, sur tous les plans (économie, éducation, santé). Anesthésiée par des dirigeants, des organismes représentatifs ( ?) et des attitudes corporatistes qui déresponsabilisent à tous les niveaux. Seuls une prise de conscience collective, plus d’humilité, de pragmatisme et moins d’individualisme nous permettront de rebondir.

Le monde compte plus de 7 milliards d’habitants et quoi qu’il arrive, la vie continue. Ainsi, si à court terme une récession est à craindre, à 12 -18 mois la croissance repartira. Les formes seront’ elles différentes ? , l’avenir le dira. Notre rôle est d’essayer d’anticiper avec l’aide de nos partenaires sociétés de gestion et de diversifier vos investissements.

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